Dans une société où tout est fait pour ça, manger seul au restaurant, impensable pour beaucoup d'Occidentaux, était mon quotidien et celui de millions de Japonais. Les capsule hotels, les mangakissa (ces cybercafés où l'on peut louer un box pour dormir, lire des mangas ou jouer en ligne) incarnent cette solitude organisée. Les seuls lieux de partage restent les sentō, les bains publics japonais, où toutes les couches sociales se côtoient, yakuzas compris.
Ce sentiment de solitude, je l'ai partagé avec tous ceux que j'ai rencontrés au Japon, particulièrement à Tokyo. Ce n'est pas un hasard si tant de nouveaux arrivants, Japonais comme étrangers, se logent en sharehouse. C'est là que j'ai séjourné.
Quinze mois de solitude. À me perdre et documenter cette solitude japonaise, parfois subie, souvent choisie. Pour mieux me perdre dans cet immense océan, j'ai documenté mon quotidien et celui de millions de Japonais.
Ce n'est pas seulement la solitude que je documente, mais aussi mon évolution comme photographe. Pour combler cette solitude, j'ai voulu partager ce voyage avec mes proches restés loin. C'est donc un mélange de styles : street photo, portrait, reportage, voyage. Ce périple fut un véritable nekketsu, ce genre manga qui suit le parcours initiatique d'un protagoniste, et aussi un moyen de me trouver comme photographe.